JeanGrenier est nĂ© Ă  Paris en 1898. Il a passĂ© sa jeunesse Ă  Saint-Brieuc oĂč il s'est liĂ© d'amitiĂ© avec Max Jacob et Louis Guilloux. Il a Ă©tĂ© professeur Ă  Alger, Ă  l'Institut français de Naples, Ă  la facultĂ© des lettres de Lille, aux universitĂ©s d'Alexandrie et du Caire, et enfin Ă  la Sorbonne oĂč il a occupĂ© la chaire d

Notes de la rĂ©daction Le comitĂ© Ă©ditorial remercie tout particuliĂšrement Patrick Farges et AmĂ©lie Nuq pour le suivi de ce dossier. Texte intĂ©gral Comparer les partitions nationales 1 En tĂ©moigne le dĂ©ferlement de publications de qualitĂ© produites depuis les annĂ©es 1990. Voir notamm ... 2 Anna Bernard, Forms of Memory Partition as a Literary Paradigm », Alif Journal of Comparative ... 3 Joe Cleary, Literature, Partition and the Nation-State, Cambridge, Cambridge University Press, 2002 ... 4 Gyanendra Pandey, Remembering Partition, op. cit. ; Vazira Fazila-Yacoobali Zamindar, The Long Part ... 5 Stephen Epstein, The Axis of Vaudeville Images of North Korea in South Korean Pop Culture », Th ... 6 Xavier Bougarel, Bosnie anatomie d’un conflit, Paris, La DĂ©couverte, 1996. 1Le dĂ©veloppement d’un champ des Partition Studies, initiĂ© en Inde dans les annĂ©es 1990 dans diffĂ©rentes disciplines histoire, sciences politiques, gĂ©ographie, mais aussi histoire culturelle, Ă©tudes littĂ©raires, Ă©tudes cinĂ©matographiques1 mobilisĂ©es autour de la redĂ©couverte des Ă©vĂ©nements de 1947, invite Ă  une rĂ©flexion globale sur les divisions territoriales. En dissociant leur rĂ©flexion des approches disciplinaires, les Partition Studies incitĂšrent Ă  considĂ©rer les partitions comme des paradigmes qui structurent en profondeur les identitĂ©s, les imaginaires et leurs rĂ©seaux de reprĂ©sentations. Elles offrirent ainsi une base critique inĂ©dite pour penser l’histoire comme les effets et les hĂ©ritages des longues » partitions du xxe siĂšcle. Elles suggĂ©rĂšrent Ă©galement les possibilitĂ©s et la pertinence d’approches comparatistes quand, comme le souligne Anna Bernard dans ses travaux sur les partitions indienne, irlandaise et israĂ©lo-palestinienne, certains rĂ©cents travaux en histoire, littĂ©rature et Ă©tudes culturelles mettent en Ă©vidence une expĂ©rience partagĂ©e du traumatisme, que les Trauma Studies ou les Holocaust Studies avaient dĂ©jĂ  identifiĂ©e2. Mais l’approche comparative, continue Bernard, permet Ă©galement de mettre en Ă©vidence ce que la littĂ©rature ou, plus largement, toute production esthĂ©tique peut apporter aux Partition Studies, ce qu’elle peut enseigner des effets Ă  long terme des partitions, au-delĂ  du tĂ©moignage brut, qui n’en est que l’un des aspects, suggĂ©rant une vĂ©ritable mĂ©thodologie des partitions qui placerait au premier plan l’analyse des formes esthĂ©tiques. Ce qu’Anna Bernard dĂ©plore est non tant l’absence de travaux sur les partitions en tĂ©moignent ceux de J. Cleary ou G. Hoschberg3, qu’elle cite, mais aussi Zamindar et G. Pandey4 pour l’Inde, S. Epstein ou B. Joinau5 pour la CorĂ©e ou X. Bougarel6 pour la Yougoslavie, que la pĂ©nurie de vĂ©ritables Ă©tudes comparatives. L’objet de ce dossier thĂ©matique est justement de consolider ce champ d’études en y contribuant par un prisme pertinent et Ă©clairant, celui du genre, dont tĂ©moignent de façon frappante les productions culturelles. 7 Stanley Waterman, Partitioned State », Political Geography Quaterly, 6 2, avril 1987, p. 151. 8 Expression forgĂ©e par Vazira Fazila-Yacoobali Zamindar dans The Long Partition and the Making of Mo ... 2C’est Ă  partir de nos travaux respectifs sur les divisions territoriales, d’une part sur l’Inde aprĂšs la Grande Partition » de 1947 qui a accompagnĂ© l’IndĂ©pendance, d’autre part sur la pĂ©ninsule corĂ©enne Ă  partir de 1945 en prĂ©misse de la guerre froide, qu’est nĂ©e notre volontĂ© commune d’aborder les phĂ©nomĂšnes historiques, politiques, sociaux, culturels et humains que sont les partitions territoriales d’un point de vue comparatiste et Ă  partir du prisme du genre. Si des diffĂ©rences radicales Ă©mergent Ă©videmment d’une mise en perspective des partitions de l’Inde et de la CorĂ©e, toutes deux Ă©manant d’histoires singuliĂšres chargĂ©es de leurs propres enjeux et consĂ©quences, l’obsession de la division, de la sĂ©paration et de la rĂ©unification dont tĂ©moignent les reprĂ©sentations, dans les arts et les littĂ©ratures, les mĂ©dias, dans les pratiques sociales et culturelles, et jusque dans la langue comme performance rituelle, interrogent pourtant les vastes effets historiques transgĂ©nĂ©rationnels de ce traumatisme » territorial qui, comme l’écrivait Waterman en 1987, est autant un attribut » qu’un processus »7. Dans les deux cas, en Inde comme en CorĂ©e, et plus de soixante-dix ans aprĂšs la division effective en deux États sĂ©parĂ©s, la longue Partition8 » Ă©tend ses effets sur plusieurs dĂ©cennies, pĂ©nĂ©trant de façon profonde et durable les identitĂ©s et les imaginaires, et elle restructure les communautĂ©s imaginĂ©es autour d’une frontiĂšre qui Ă  la fois divise ces communautĂ©s et les recompose. 9 François Guillemot, ViĂȘt-Nam, Fractures d’une nation, Paris, La DĂ©couverte, 2018. 10 Robert Lynch, The Partition of Ireland 1918–1925, Cambridge, Cambridge University Press, 2019. 11 Daniel Bach dir., RĂ©gionalisation, mondialisation et fragmentation en Afrique subsaharienne, Pari ... 12 Jean Radvanyi, Les États postsoviĂ©tiques, Paris, Armand Colin, 2003. 13 CĂ©cile Jouhanneau, Sortir de la guerre en Bosnie-HerzĂ©govine. Une sociologie politique du tĂ©moignag ... 14 Gil Hoschberg, In Spite of Partition Jews, Arabs, and the Limits of Separatist Imagination, Princ ... 15 Voir notamment Gregory Henderson dir., Divided Nations in a Divided World, New York, David McCa ... 16 Citons par exemple Daniel Bach dir., RĂ©gionalisation, mondialisation et fragmentation en Afrique ... 17 Dont le nombre sidĂ©rant d’enclaves pakistanaises au Bengale indien, estimĂ©es Ă  103, dont la plupart ... 3De fait, les partitions territoriales telles qu’elles sont advenues au xxe siĂšcle en Inde et en CorĂ©e, mais aussi au ViĂȘt-Nam9, en Irlande10, au Soudan11, dans les anciennes rĂ©publiques soviĂ©tiques d’Asie centrale12, en ex-Yougoslavie13, en Allemagne, Ă  Chypre, en IsraĂ«l-Palestine14 etc., se caractĂ©risent par la division d’un territoire et/ou d’une nation, en vue de la recomposition d’une ou de plusieurs nations, marquĂ©es par des frontiĂšres souvent difficilement franchissables. NĂ©anmoins, elles Ă©manent de situations singuliĂšres et d’un contexte historique et politique souvent liĂ© Ă  la dĂ©colonisation favorisant l’émergence d’une identitĂ© nationale constituĂ©e de diffĂ©rentes communautĂ©s dĂ©sormais perçues comme incompatibles, ou rendues incompatibles par une polarisation ethnique ou idĂ©ologique. S’il est nĂ©cessaire de faire apparaĂźtre tant les diffĂ©rences que les similaritĂ©s entre cas de partitions, les rares typologies existantes, souvent Ă  actualiser15, mobilisent prĂ©cisĂ©ment les motifs politiques et ethniques comme justification premiĂšre des divisions territoriales, et permettent ainsi de faire Ă©merger une premiĂšre classification des partitions en premier lieu, nombre de partitions sont liĂ©es aux phĂ©nomĂšnes de colonisation puis de dĂ©colonisation des xixe et xxe siĂšcles, qui entraĂźnĂšrent une constitution forte puis une dissolution des empires coloniaux principalement français, belge, britannique, espagnol, portugais, hollandais, soviĂ©tique et japonais, autant qu’une recomposition, volontaire ou non, des nouvelles nations indĂ©pendantes. Ainsi, de nombreux travaux16 ont mis en Ă©vidence les effets sur les conflits frontaliers de la confĂ©rence de Berlin de 1885, qui entĂ©rina le dĂ©coupage au scalpel » de l’Afrique subsaharienne entre puissances coloniales europĂ©ennes, conflits qui, au Congo, au Tchad ou au Mali, se multipliĂšrent pendant la pĂ©riode coloniale et au-delĂ . La division de la pĂ©ninsule corĂ©enne est issue quant Ă  elle du dĂ©membrement de l’empire japonais opĂ©rĂ© entre grandes puissances dĂšs les confĂ©rences du Caire, de TĂ©hĂ©ran 1943 et de Yalta 1945, qui rĂ©partissaient les zones d’occupation entre les deux camps amĂ©ricain et soviĂ©tique. Cette occupation censĂ©e ĂȘtre temporaire jusqu’à la mise en place d’une constitution et d’un gouvernement durables a abouti Ă  la guerre de CorĂ©e 1950-1953, qui a entĂ©rinĂ© une partition toujours active. Dans le sous-continent indien, la partition de 1947 est directement liĂ©e Ă  l’IndĂ©pendance les modalitĂ©s furent l’aboutissement de nĂ©gociations entre les diffĂ©rentes forces au pouvoir du cĂŽtĂ© indien notamment J. Nehru, futur premier ministre de l’Union indienne, et M. A. Jinnah, futur premier ministre de la RĂ©publique islamique du Pakistan, mais elle fut adoptĂ©e par le pouvoir colonial qui en dĂ©termina les nouvelles frontiĂšres avec la ligne Radcliffe. Nombre d’aberrations frontaliĂšres, notamment la multiplication d’enclaves17, suggĂšrent les difficultĂ©s que posĂšrent le dĂ©coupage ethnique » du Sous-Continent. 18 Voir notamment Gyanendra Pandey, The Construction of Communalism in Colonial North India, New Delhi ... 19 Et mĂȘme au Bangladesh qui, en 1971 et au terme d’une guerre d’une rare violence, s’est sĂ©parĂ© du Pa ... 4Cependant, un constat de cet ordre, en particulier quand les aberrations » donnĂšrent lieu Ă  des conflits ou occasionnĂšrent une dĂ©gradation des conditions d’existence pour les populations, peut ĂȘtre perçu comme une interprĂ©tation incomplĂšte, voire discutable, de l’histoire de la partition de 1947. La question des causes » a bien entendu fait couler beaucoup d’encre18, mais l’exemple de l’Inde suggĂšre que les partitions sont bien sous-tendues par une multiplicitĂ© d’élĂ©ments, tant sociaux que politiques, territoriaux, linguistiques ou culturels. La question religieuse et communautaire constitua l’élĂ©ment principal voire le seul des revendications de crĂ©ation d’un État sĂ©parĂ©, le Pakistan, foyer » des musulmans de l’Inde ; cependant, comme l’ont montrĂ© nombres d’historiennes, cette question a Ă©mergĂ© d’un contexte et Ă©tĂ© favorisĂ©e par des conditions particuliĂšres, coloniales ou non. Autrement dit, la colonisation ou la dĂ©colonisation a produit des conditions favorables aux partitions, et les antagonismes ethniques ou religieux, qui en sont les causes les plus frĂ©quentes en Inde, mais aussi en ex-Yougoslavie, en Irlande, en IsraĂ«l-Palestine19, ont Ă©mergĂ© de ce contexte. Mais elles ont Ă©tĂ© elles-mĂȘmes suscitĂ©es, intensifiĂ©es et justifiĂ©es par d’autres conditions tensions linguistiques ou rĂ©gionales prĂ©existantes, montĂ©e des inĂ©galitĂ©s sociales, etc., que les historienes ont pu ou pourront Ă©lucider. 5En second lieu, le motif idĂ©ologique est central dans les divisions territoriales. La recomposition du monde au moment de la guerre froide a Ă©tĂ© le prĂ©texte aux partitions de la CorĂ©e, du ViĂȘt-Nam ou de l’Allemagne, comme le montre par exemple l’article de Cornelia Möser dans ce dossier. Longtemps aprĂšs la rĂ©unification du ViĂȘt-Nam 1974, la chute du Mur de Berlin a largement entĂ©rinĂ© la disparition de l’antagonisme Est-Ouest, mais l’exemple de la CorĂ©e, oĂč la partition bien qu’au cƓur de dĂ©bats depuis quelques annĂ©es donna lieu Ă  la cristallisation d’identitĂ©s basĂ©es sur la diffĂ©rence, montre la prĂ©gnance de ces antagonismes. Penser les territoires, les nations, les frontiĂšres 20 Jacques LĂ©vy et Michel Lussault dir., Dictionnaire de la gĂ©ographie et de l’espace des sociĂ©tĂ©s, ... 21 Voir notamment Benedict Anderson, Imagined Communities, London, Verso, 1983. 6Pour qu’il y ait une partition, il faut qu’il y ait une communautĂ© » rĂ©elle et/ou imaginaire Ă  diviser en parties » et qui, dans le cas de la partition territoriale, corresponde Ă  un territoire dĂ©limitĂ© par des frontiĂšres. LĂ©vy et Lussault20 identifient ainsi trois formes de communautĂ©s qui correspondent chacune Ă  des degrĂ©s diffĂ©rents de dĂ©lĂ©gation du pouvoir et qui sont engendrĂ©es par cinq principes biologique, territorial, religieux, Ă©conomique et Ă©tatique, qui se combinent de maniĂšre variĂ©e. Selon eux, l’État serait l’instance crĂ©atrice de l’appartenance communautaire la plus forte. Cependant, toutes les nations ne sont pas des communautĂ©s Ă  principe Ă©tatique il suffit de penser Ă  la nation kurde ou aux Roms. Il est devenu classique de dĂ©finir la nation comme une communautĂ© subjective, imaginĂ©e, historiquement construite qui repose sur un consentement et un dĂ©sir de communautisation » de la part de ses membres21. Ainsi, il est des nations qui ne correspondent pas Ă  des territoires Ă©tatiques fixes Kurdes, quand d’autres sont atomisĂ©es dans l’espace international diasporas. Le fait que la nation puisse ĂȘtre une communautĂ© non territorialisĂ©e, voire dissĂ©minĂ©e territorialement sans proximitĂ© physique de ses constituants, souligne bien la dimension imaginĂ©e » de la nation comme l’a thĂ©orisĂ©e Benedict Anderson. 22 Jean-Yves Dormagen, Daniel Mouchard, Introduction Ă  la sociologie politique, Louvain-la-Neuve, De B ... 7L’État-nation n’est qu’un cas parmi d’autres, situĂ© historiquement et gĂ©ographiquement, de communautĂ© nationale. Cette forme d’organisation monopolistique du pouvoir politique, ni naturelle, ni universelle malgrĂ© sa prĂ©dominance actuelle, est Ă©troitement liĂ©e, dans sa genĂšse mĂȘme, Ă  la guerre, Ă  l’institutionnalisation bureaucratique et Ă  la centralisation. Historiquement liĂ©e Ă  l’Europe et Ă  son expansionnisme colonial, c’est une notion trĂšs fortement spatiale dans son attachement Ă  la territorialitĂ©22. C’est donc une forme qui, plus que toute autre, est productrice et objet de partitions. 8Le principe territorial est ainsi dĂ©terminant dans la dĂ©finition de la nation, que ce soit de maniĂšre positive ou en creux, du fait de son absence, de sa disparition ou de sa division. Le territoire est une notion complexe qui donne lieu Ă  multiples interprĂ©tations et dĂ©bats, du fait de sa double nature, matĂ©rielle et symbolique. Il n’est pas qu’une Ă©tendue spatiale physique il est une forme d’appropriation de cette derniĂšre par un groupe. En cela, il est intrinsĂšquement liĂ© Ă  la notion de communautĂ© sociale. Il n’est pas dĂ©fini nĂ©cessairement par la continuitĂ© spatiale de l’aire gĂ©ographique il existe des territoires archipĂ©lagiques ou rĂ©ticulaires. Cependant, l’État-nation moderne est gĂ©nĂ©ralement associĂ© au territoire comme aire continue. C’est pourquoi la rupture de cette continuitĂ© est vĂ©cue comme une perte d’intĂ©gritĂ© qui affecte l’identitĂ© nationale et, partant, celle des individus de cette communautĂ©. On perçoit ici le lien organique qui se tisse entre le territoire et l’identitĂ© nationale, lien Ă  forte dimension performative qui souligne l’importance du symbolique et des reprĂ©sentations, non seulement dans le vĂ©cu du territoire national, mais aussi dans sa constitution – et donc aussi dans sa dissolution. 23 Au sujet des mĂ©tissages coloniaux, voir notamment Ann Laura Stoler, La Chair de l’empire. Savoirs i ... 24 Voir Kamla Bhasin et Ritu Menon, Borders and Boundaries, Women in India’s Partition, New Delhi, Kal ... 25 Comme l’a notamment montrĂ© l’ouvrage-phare d’Edward W. Said, L’Orientalisme l’Orient créé par l’O ... 26 Voir Homi Bhabha, Les Lieux de la culture. Une thĂ©orie postcoloniale [1994], Paris, Payot, 2007 ; A ... 27 Voir notamment Elsa Dorlin, La Matrice de la race. GĂ©nĂ©alogie sexuelle et coloniale de la nation fr ... 9Ainsi, si la frontiĂšre physique est un indicateur assez manifeste de partition, les communautĂ©s imaginĂ©es sont nĂ©anmoins parfois constituĂ©es ou divisĂ©es par des frontiĂšres tout aussi imaginĂ©es ces derniĂšres circonscrivent 1° une communautĂ© Ă©parpillĂ©e entre diffĂ©rents États, comme les Kurdes par exemple les frontiĂšres qui les sĂ©parent sont rĂ©elles, celles qui les constituent sont imaginaires ; 2° une nation constituĂ©e d’au moins deux communautĂ©s distinctes et pas ou peu23 permĂ©ables l’une Ă  l’autre ; 3° une communautĂ© en situation d’hĂ©gĂ©monie, un territoire en situation de domination ou de colonisation par rapport Ă  d’autres groupes dominĂ©s. Comme le montre David Castro de Devesa dans son article, la dislocation des empires a pu ĂȘtre perçue elle-mĂȘme comme un dĂ©membrement, qui est prĂ©cisĂ©ment le terme employĂ© dans d’autres contextes de partition24. De mĂȘme, le phĂ©nomĂšne colonial suppose la cohabitation de deux communautĂ©s, sinon diffĂ©rentes, du moins polarisĂ©es entre catĂ©gories incompatibles et hiĂ©rarchisĂ©es, entre dominants d’un cĂŽtĂ© et dominĂ©s de l’autre, entre Blancs et Noirs, entre Occident et Orient25. Dans ce numĂ©ro, l’article d’Élise Abassade montre ainsi la façon dont l’imaginaire de la nation autonome, dans la Tunisie colonisĂ©e, s’incarne dans des reprĂ©sentations de femmes modernes, soucieuses nĂ©anmoins de prĂ©server l’identitĂ© de la nation dĂ©mantelĂ©e. Le vaste champ des Ă©tudes postcoloniales a cependant montrĂ© que si la colonisation a favorisĂ© une polarisation entre colon et colonisĂ©, elle a Ă©galement gĂ©nĂ©rĂ© la production d’identitĂ©s hybrides, voire clivĂ©es ou hermaphrodites26, si l’on adopte le prisme, largement rĂ©pandu dans les Ă©tudes postcoloniales27 d’une sexuation du phĂ©nomĂšne et de la relation coloniales. Le genre des partitions 10Dans ses travaux sur les productions littĂ©raires issues des territoires partitionnĂ©s, Anna Bernard montre en 2010 que certains genres littĂ©raires sont rĂ©currents ou privilĂ©giĂ©s, et notamment celui du roman d’amour romance ». Elle met ainsi en Ă©vidence le rĂŽle contrefactuel » de la littĂ©rature qui, Ă  travers la sĂ©paration douloureuse des amants sur fond de partition puis leurs retrouvailles en territoire non-divisĂ©, tĂ©moigne d’un fantasme de rĂ©unification souvent impossible symbolisĂ© par le couple. Ce qu’Anna Bernard ne dit pas et qui frappe pourtant Ă  la lecture de ses lignes, est la façon dont une partition territoriale s’incarne dans des reprĂ©sentations genrĂ©es et hiĂ©rarchisĂ©es, que seule l’analyse de l’histoire d’amour ne suffit pas Ă  dĂ©finir. 28 Voir Maurice Agulhon, Marianne au combat l’imagerie et la symbolique rĂ©publicaines de 1789 Ă  1880... 29 White men are saving brown women from brown men » Gayatri C. Spivak, Can the Subaltern Speak ... 30 Partha Chatterjee, The Nation and its Fragments. Colonial and Postcolonial Histories, Princeton, Pr ... 11De fait, la communautĂ© imaginĂ©e » qu’est la nation mobilise les symboles les plus archĂ©typaux pour se reprĂ©senter dans les arts et les mĂ©dias populaires, et ces symboles sont souvent genrĂ©s – que l’on pense Ă  la Marianne de la jeune RĂ©publique française28 ou la femme moderne » de la Tunisie ou de l’Inde coloniales. En plus d’ĂȘtre l’écho du genre grammatical des valeurs de cette rĂ©publique dont elle est l’allĂ©gorie, Marianne est la figure de l’Alma Mater, Ă  la fois nourriciĂšre et protectrice, qualitĂ©s essentielles d’un État-nation ou d’un rĂ©gime politique. On le disait, de nombreux travaux Ă  commencer par L’Orientalisme d’Edward Said, en 1978 ont soulignĂ© la corrĂ©lation entre colonisation et patriarcat dans la sexuation des rapports coloniaux. Dans son fameux Can the Subaltern Speak ? », Gayatri C. Spivak montrait ainsi que la question des femmes avait permis de justifier la colonisation comme mission salvatrice », visant Ă  ce que l’homme blanc sauve la femme noire des hommes noirs » et de leurs pratiques archaĂŻques et barbares29. De mĂȘme, dans The Nation and Its Women », Partha Chatterjee souligne la rĂ©ponse nationaliste aux discours salvateurs des Britanniques, chez les rĂ©formateurs bengalis Ă  partir du milieu du xixe siĂšcle les femmes, situĂ©es au cƓur du domaine domestique, et donc du domaine privĂ© lire indigĂšne », se doivent d’incarner, d’entretenir et de prĂ©server une tradition vierge de toute influence coloniale, portĂ©e par des valeurs fortes, aptes Ă  faire vaciller l’édifice culturel de l’envahisseur. Construire les femmes en mĂ©taphores de la nation, notamment par l’éducation et la valorisation de qualitĂ©s typiquement fĂ©minines, reprĂ©senta un enjeu majeur des mouvements rĂ©formateurs de la renaissance bengalie, qui revendiquaient ainsi une supĂ©rioritĂ© Ă  la fois culturelle rĂ©interprĂ©tation des traditions indigĂšnes et spirituelle mise en valeur des qualitĂ©s spirituelles de la Femme indienne »30. 31 Dans le cas de l’Inde, voir notamment Anne Castaing dir., Raconter la Partition de l’Inde, Bruxel ... 12Si le phĂ©nomĂšne colonial fut prĂ©texte Ă  une rĂ©flexion richement nourrie sur l’assimilation entre rapports de genre et rapports de pouvoir, les situations de partitions et de divisions des nations incitent, de mĂȘme, Ă  porter attention aux formulations et reprĂ©sentations genrĂ©es de ces divisions. De nouveau, l’article d’Anna Bernard est Ă©clairant, puisque l’histoire d’amour reprĂ©sente non seulement un topos des reprĂ©sentations littĂ©raires des partitions, mais Ă©galement la mise en scĂšne d’une sĂ©paration inĂ©luctable entre un homme et une femme, mĂ©taphores Ă©videntes des territoires divisĂ©s. Ce topos suggĂšre, d’une part, le caractĂšre hautement significatif des formulations littĂ©raires ou, plus largement, des reprĂ©sentations imaginaires des partitions, oĂč s’élaborent, selon Anna Bernard, un paradigme esthĂ©tique » de la partition. Si Anna Bernard montre comment la littĂ©rature met en scĂšne une histoire contrefactuelle » qui vise au dĂ©ni par une utopie de l’espace unifiĂ©, de nombreux travaux ont Ă©galement montrĂ© comment les identitĂ©s partitionnĂ©es ont pu, dans la littĂ©rature ou le cinĂ©ma par exemple, Ă©laborer des rĂ©ponses esthĂ©tiques aux partitions et Ă  l’exil esthĂ©tique de la lamentation, disparition des dĂ©ictiques, fragmentation du discours, montages fragmentaires31, etc. La crĂ©ation adopte lĂ  une visĂ©e compensatoire, du moins cathartique, mais elle permet surtout d’identifier les processus imaginaires Ă  l’Ɠuvre dans les cas de partitions ; comme l’écrit Anna Bernard, la littĂ©rature ou, plus largement, toute crĂ©ation esthĂ©tique permet ainsi d’éclairer l’histoire des peuples et l’expĂ©rience des partitions, qui n’est pas celle de leur histoire politique ; plus largement, les pratiques populaires et les rites culturels tĂ©moignent de cette expĂ©rience des partitions, comme le montrent les articles de ce dossier. 13D’autre part, l’histoire d’amour comme topos suggĂšre Ă©galement la prĂ©gnance des binaritĂ©s de genre dans les imaginaires des partitions, comme en tĂ©moigne par exemple l’obsession du cinĂ©ma corĂ©en pour les couples dĂ©sunis. Ce dossier le montre les partitions en tant que processus de dĂ©membrement » ont Ă©galement pour effet la cristallisation les identitĂ©s de genre et la construction de figures fortes », et fortement genrĂ©es ainsi, ValĂ©rie Pouzol montre comment le nationalisme israĂ©lien a participĂ© Ă  la construction de figures maternelles comme piliers de l’édification Ă©tatique, Ă  travers la littĂ©rature, mais Ă©galement des mises en scĂšne ritualisĂ©es ; David Castro Devesa tisse quant Ă  lui un lien fort entre le dĂ©membrement de l’empire espagnol et la virilisation de la sociĂ©tĂ© par la survalorisation de la tauromachie ; Anne Castaing montre comment la littĂ©rature a pris en charge presque simultanĂ©ment la reprĂ©sentation de la partition de 1947 en focalisant sur des personnages fĂ©minins stĂ©rĂ©otypĂ©s victimes d’atroces violences sexuelles ; Patrick Farges met en Ă©vidence les processus Ă  l’Ɠuvre dans la construction d’une figure hyper-masculinisĂ©e du soldat juif, masculinitĂ© hĂ©gĂ©monique » nĂ©anmoins mise en pĂ©ril par la confrontation des identitĂ©s europĂ©ennes et orientales, dans un contexte de partition oĂč les catĂ©gories de genre connaissent un trouble important ». À l’image des phĂ©nomĂšnes coloniaux, les partitions s’accompagnent donc de reprĂ©sentations genrĂ©es et hiĂ©rarchisĂ©es, mais Ă©galement de reprĂ©sentations qui viennent incarner l’ambivalence des identitĂ©s divisĂ©es » comme celles des identitĂ©s recomposĂ©es », comme le montre Cornelia Möser dans le cas de l’Allemagne rĂ©unifiĂ©e ». 32 Pour la Yougoslavie, voir Rada Ivekovic, Le faux langage du vrai sacrifice », in Ivekovic et Po ... 14Plus factuellement, le processus imaginaire visant Ă  genrer » les partitions s’incarne de façon tragique dans les violences genrĂ©es qui sont souvent l’apanage des guerres civiles, plus encore quand le territoire est en jeu. De nombreux travaux l’ont montrĂ©32, les corps fĂ©minins sont prĂ©texte Ă  l’élaboration d’un imaginaire de la nation, dont la ritualisation a pour effet de les faire basculer dans le domaine mĂ©taphorique. Les violences genrĂ©es durant les guerres civiles, dont les rĂ©cits de viols, d’enlĂšvements et de mutilations rivalisent en cruautĂ© inconcevable, sont le triste rĂ©sultat de cette assimilation imaginaire, les bourreaux » justifiant le viol comme une bataille victorieuse, l’enlĂšvement comme une juste rĂ©tribution d’un territoire spoliĂ©, la mutilation comme façon d’affaiblir l’ennemi par l’amputation des attributs de la mĂšre nourriciĂšre. Les corps fĂ©minins sont assimilĂ©s au territoire avec une facilitĂ© que, souvent, seule peut justifier la rhĂ©torique nationaliste. Une rĂ©flexion sur le genre des partitions permet Ă©galement de saisir la valeur symbolique des femmes dans l’histoire des guerres, civiles ou non, mais Ă©galement leur implication rĂ©elle, en tant qu’actrices mais Ă©galement en tant que victimes. 15Les articles rĂ©unis ici invitent tous Ă  une rĂ©flexion sur ces usages du genre et du corps sexualisĂ© dans les imaginaires des nations partitionnĂ©es. De l’Inde Castaing Ă  IsraĂ«l/Palestine Farges, Pouzol, de l’Allemagne rĂ©unifiĂ©e Möser Ă  l’Empire espagnol Devesa ou la Tunisie coloniale Abassade, les histoires, les contextes et les situations de ces nations et/ou territoires sont singuliers, mais tĂ©moignent des enjeux majeurs des reprĂ©sentations genrĂ©es dans l’imaginaire comme dans la rhĂ©torique nationalistes. En replaçant le genre au cƓur d’une rĂ©flexion sur les partitions, leur histoire, leurs effets Ă  long terme, leur hĂ©ritage et leur internalisation comme habitus, ce dossier a pour ambition d’initier voire de poursuivre un dialogue fĂ©cond entre approches arĂ©ales comme disciplinaires ; mais Ă  l’image de travaux antĂ©rieurs, il a Ă©galement pour volontĂ© d’identifier les processus complexes Ă  l’Ɠuvre dans les imaginaires partitionnĂ©s », notamment les formes de violence, symbolique ou rĂ©elle, que peuvent prendre en charge les femmes ou, dans une autre mesure, les hommes. Haut de page Notes 1 En tĂ©moigne le dĂ©ferlement de publications de qualitĂ© produites depuis les annĂ©es 1990. Voir notamment Gyanendra Pandey, Remembering Partition Violence, Nationalism and History in India, Cambridge, Cambridge University Press, 2001 ; Vazira Fazila-Yacoobali Zamindar, The Long Partition and the Making of Modern South Asia Refugees, Boundaries, Histories, New York, Columbia University Press, 2007 ; Urvashi Butalia dir., Partition. The Long Shadow, New Delhi, Zubaan, 2015. 2 Anna Bernard, Forms of Memory Partition as a Literary Paradigm », Alif Journal of Comparative Poetics, 30 Trauma and Memory », 2010, p. 9-33. 3 Joe Cleary, Literature, Partition and the Nation-State, Cambridge, Cambridge University Press, 2002 ; Gil Hochberg, In Spite of Partition Jews, Arabs, and the Limits of Separatist Imagination, Princeton, Princeton University Press, 2007. 4 Gyanendra Pandey, Remembering Partition, op. cit. ; Vazira Fazila-Yacoobali Zamindar, The Long Partition and the Making of Modern South Asia, op. cit. 5 Stephen Epstein, The Axis of Vaudeville Images of North Korea in South Korean Pop Culture », The Asia-Pacific Journal, 10 2–9, 2009 ; Benjamin Joinau, Sleeping with the Northern Enemy South Korean Cinema and the Autistic Interface », in ValĂ©rie GelĂ©zeau, Koen de Ceuster, et Alain Delissen dir., De-Bordering Korea Tangible and Intangible Legacies of the Sunshine Policy, Londres, Routledge, 2013, p. 172-188. 6 Xavier Bougarel, Bosnie anatomie d’un conflit, Paris, La DĂ©couverte, 1996. 7 Stanley Waterman, Partitioned State », Political Geography Quaterly, 6 2, avril 1987, p. 151. 8 Expression forgĂ©e par Vazira Fazila-Yacoobali Zamindar dans The Long Partition and the Making of Modern South Asia, op. cit., puis notamment rĂ©investie, dans le contexte de la CorĂ©e, par Koen de Ceuster, Alain Delissen et ValĂ©rie GelĂ©zeau dans De-Bordering Korea, op. cit. 9 François Guillemot, ViĂȘt-Nam, Fractures d’une nation, Paris, La DĂ©couverte, 2018. 10 Robert Lynch, The Partition of Ireland 1918–1925, Cambridge, Cambridge University Press, 2019. 11 Daniel Bach dir., RĂ©gionalisation, mondialisation et fragmentation en Afrique subsaharienne, Paris, Karthala, 1998. 12 Jean Radvanyi, Les États postsoviĂ©tiques, Paris, Armand Colin, 2003. 13 CĂ©cile Jouhanneau, Sortir de la guerre en Bosnie-HerzĂ©govine. Une sociologie politique du tĂ©moignage et de la civilitĂ©, Paris, Karthala, 2016 ; Xavier Bougarel, Bosnie anatomie d’un conflit, Paris, La DĂ©couverte, 1996. 14 Gil Hoschberg, In Spite of Partition Jews, Arabs, and the Limits of Separatist Imagination, Princeton NJ, Princeton University Press, 2007. 15 Voir notamment Gregory Henderson dir., Divided Nations in a Divided World, New York, David McCay, 1974. 16 Citons par exemple Daniel Bach dir., RĂ©gionalisation, mondialisation et fragmentation en Afrique subsaharienne, Paris, Karthala, 1998 ; Christian Bouquet, Tchad, genĂšse d’un conflit, Paris, L’Harmattan, 1982 ; Christian Bouquet, L’artificialitĂ© des frontiĂšres en Afrique subsaharienne », Les Cahiers d’Outre-Mer, 222, 2003, p. 181-198. 17 Dont le nombre sidĂ©rant d’enclaves pakistanaises au Bengale indien, estimĂ©es Ă  103, dont la plupart continuent Ă  faire dĂ©bat. Voir Joya Chatterjee, The Spoils of Partition, India and Bengal, 1947-1967, Cambridge, Cambridge University Press, 2007. 18 Voir notamment Gyanendra Pandey, The Construction of Communalism in Colonial North India, New Delhi, Oxford University Press, 1990 ; Id., Remembering Partition. Violence, Nationalism and History in India, New Delhi, Cambridge University Press, 2001 ; Sumit Sarkar, A Critique of Colonial India, Calcutta, Papyrus Publishing House, 1985. 19 Et mĂȘme au Bangladesh qui, en 1971 et au terme d’une guerre d’une rare violence, s’est sĂ©parĂ© du Pakistan sur des bases tant politiques que culturelles et linguistiques. Voir Joya Chatterjee, The Spoils of Partition, op. cit.. 20 Jacques LĂ©vy et Michel Lussault dir., Dictionnaire de la gĂ©ographie et de l’espace des sociĂ©tĂ©s, Paris, Belin, 2008, p. 177-178. 21 Voir notamment Benedict Anderson, Imagined Communities, London, Verso, 1983. 22 Jean-Yves Dormagen, Daniel Mouchard, Introduction Ă  la sociologie politique, Louvain-la-Neuve, De Boeck SupĂ©rieur, 2015, chapitre 2. 23 Au sujet des mĂ©tissages coloniaux, voir notamment Ann Laura Stoler, La Chair de l’empire. Savoirs intimes et pouvoirs raciaux en rĂ©gime colonial, Paris, La DĂ©couverte, 2013. 24 Voir Kamla Bhasin et Ritu Menon, Borders and Boundaries, Women in India’s Partition, New Delhi, Kali for Women, 1998 ; Rada Ivekovic et Jacques Poulain dir., GuĂ©rir de la guerre et juger la paix, Paris, L’Harmattan, 1998. 25 Comme l’a notamment montrĂ© l’ouvrage-phare d’Edward W. Said, L’Orientalisme l’Orient créé par l’Occident, Paris, Seuil, 2005. 26 Voir Homi Bhabha, Les Lieux de la culture. Une thĂ©orie postcoloniale [1994], Paris, Payot, 2007 ; Ashis Nandy, L’Ennemi Intime. Perte de soi et retour Ă  soi sous le colonialisme, Paris, Fayard, 2007. 27 Voir notamment Elsa Dorlin, La Matrice de la race. GĂ©nĂ©alogie sexuelle et coloniale de la nation française, Paris, La DĂ©couverte, 2006 ; Gayatri C. Spivak, En d’autres mondes, en d’autres mots. Essais de politique culturelle [1987], Paris, Payot, 2009 ; Stoler, La Chair de l’empire, op. cit. 28 Voir Maurice Agulhon, Marianne au combat l’imagerie et la symbolique rĂ©publicaines de 1789 Ă  1880, Paris, Flammarion, 1979. 29 White men are saving brown women from brown men » Gayatri C. Spivak, Can the Subaltern Speak ? », in Laura Chrisman et Patrick Williams dir., Colonial Discourse and Post-Colonial Theory A Reader, New York, Columbia University Press, 1994, p. 90. 30 Partha Chatterjee, The Nation and its Fragments. Colonial and Postcolonial Histories, Princeton, Princeton University Press, 1993. 31 Dans le cas de l’Inde, voir notamment Anne Castaing dir., Raconter la Partition de l’Inde, Bruxelles, Peter Lang, 2019. 32 Pour la Yougoslavie, voir Rada Ivekovic, Le faux langage du vrai sacrifice », in Ivekovic et Poulain dir., GuĂ©rir de la guerre et juger la paix, op. cit., p. 33-45 ; pour l’Inde, voir Veena Das, Language and Body Transactions in the Construction of Pain », Daedalus, 125 1, Social Suffering », hiver 1996, p. de page Pour citer cet article RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Anne Castaing et Benjamin Joinau, Genrer les nations, penser les partitions », Genre & Histoire [En ligne], 24 Automne 2019, mis en ligne le 01 dĂ©cembre 2019, consultĂ© le 26 aoĂ»t 2022. URL Haut de page Auteurs Anne Castaing CNRS/Centre d’Étude de l’Inde et de l’Asie du Sud. Courriel annecastaingat Articles du mĂȘme auteur Benjamin Joinau UniversitĂ© Hong-ik, SĂ©oul, RĂ©publique de CorĂ©e/UMR 8173 Chine, CorĂ©e, Japon, EHESS-CNRS. Courriel benjaminjoinauat de page

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Cette sociĂ©tĂ© est une societĂ© anonyme par actions simplifiĂ©es fondĂ©e en 2021 sous Le Monde Afrique L’écrivain cinĂ©aste dĂ©nonce la violence d’une sociĂ©tĂ© hypocrite vis-Ă -vis de la sexualitĂ©. Ecrivain, homosexuel, marocain, musulman. Abdellah TaĂŻa est tout ça Ă  la fois et dans n’importe quel ordre. A 43 ans, il est l’un des premiers auteurs du monde arabo-musulman Ă  avoir rĂ©vĂ©lĂ© son homosexualitĂ© publiquement. C’était en 2006, dans un journal marocain, dĂ©fiant ainsi la loi qui condamne les homosexuels. Depuis, il entretient un lien Ă  la fois complexe et attachant avec sa famille et son pays, qu’il a quittĂ©s il y a prĂšs de vingt ans pour poursuivre ses rĂȘves de cinĂ©ma et de littĂ©rature Ă  Paris. Auteur d’un film et de plusieurs romans inspirĂ©s de son enfance, laurĂ©at du prix de Flore en 2010, Abdellah TaĂŻa a choisi d’apprendre le français pour raconter le Maroc des pauvres, oĂč il est nĂ© et a grandi. Sur la planĂšte » Hay Salam, un quartier populaire de SalĂ©, prĂšs de Rabat, dans une famille de neuf enfants, oĂč ni le français ni l’homosexualitĂ© n’avaient leur place. Son dernier roman, Celui qui est digne d’ĂȘtre aimĂ©, est en lice pour le prix Renaudot cette annĂ©e. Dans un entretien au Monde Afrique, Abdellah TaĂŻa revient sur son enfance tourmentĂ©e et les nombreuses contradictions qui continuent de ronger la sociĂ©tĂ© marocaine. Vous avez dĂ©couvert votre homosexualitĂ© trĂšs jeune. Comment construire son identitĂ© dans un pays qui la condamne ? Abdellah TaĂŻa A l’époque, l’idĂ©e d’avoir une identitĂ© homosexuelle ne me traversait mĂȘme pas l’esprit. Dans les annĂ©es 1970 et 1980, il n’y avait pas de place pour une telle chose. MĂȘme aujourd’hui, la construction sexuelle dans un pays comme le Maroc est trĂšs perturbĂ©e, car nous vivons dans une grande hypocrisie. Les relations sexuelles hors mariage ne sont pas autorisĂ©es et, dans le mĂȘme temps, on laisse des champs libres, des lieux plus ou moins cachĂ©s pour exprimer sa sexualitĂ©. Tant que c’est fait en cachette, c’est pratiquement autorisĂ©. Le problĂšme, c’est que cela gĂ©nĂšre de la violence et j’en ai moi-mĂȘme fait les frais. J’ai Ă©tĂ© violĂ© par des hommes du quartier, qui voulaient assouvir leurs besoins sexuels. Je suis devenu l’objet sexuel de tout un monde. Pour moi, c’était normal d’ĂȘtre maltraitĂ©. Aujourd’hui encore, il y a des centaines de petits garçons qui sont violĂ©s tous les jours au Maroc, en silence. Abdellah TaĂŻa, aux origines de l’exil et du malheur Celui qui est digne d’ĂȘtre aimĂ©, d’Abdellah TaĂŻa, Seuil, 144 p., 15 €. Quatre lettres. Ecrites ou reçues par Ahmed. Pour percer l’origine du mal dont il souffre ; celui qu’il inflige aussi. Une correspondance livrĂ©e Ă  rebours de sa composition qui s’étend sur vingt-cinq ans, de 2015 Ă  1990, et qui mĂȘle Malika, mĂšre tyrannique, et des amants ­ Vincent, Emmanuel qui, pas plus que son ami Lahbib, giton sans avenir d’un expatriĂ© français, ne peuvent guĂ©rir la blessure Ă  vif d’Ahmed, condamnĂ© au malheur de naissance. Celui qui est digne d’ĂȘtre aimĂ© est le roman » d’un homme Ă©cartelĂ© entre son origine et son illusion de trouver le salut dans le corps des hommes et la langue de l’autre. Un cri contemporain oĂč les carcans sociaux et politiques ne se laissent pas rĂ©duire Ă  un hĂ©ritage colonial. Ahmed est Ă©crasĂ© par la figure d’une mĂšre castratrice, qui dirige un monde oĂč lui ne peut ĂȘtre qu’un figurant dĂ©placĂ©. Un fils vouĂ© Ă  un impossible dialogue, disant son fait Ă  celle qui ne lui a permis d’autre choix que la fuite, au terme d’un sombre rĂ©quisitoire. La mort de Malika n’a pas Ă©teint la colĂšre, puisque cette rage se tourne contre lui-mĂȘme. Pas de gras au fil de cette plongĂ©e vertigineuse aux sources du malheur. Du mal-ĂȘtre qui empĂȘche l’amour. Le bonheur lui est interdit Le bonheur est Ă©videmment une grande confusion 
, juste une autre prison. » AdressĂ© Ă  Emmanuel, l’amant français intellectuel nanti avec lequel ­Ahmed a signĂ© un pacte pourtant clair, mais qu’il rend responsable de son aliĂ©nation aux codes de la France, cette acculturation qu’il rejette sans nuance, ce constat vaut encore dix ans plus tard, quand tous ses proches ont disparu, morts ou effacĂ©s Avec le temps, surtout en France, terminer une relation, briser mon couple, jeter par terre l’autre, l’amour, me donnait une jouissance rare. Par ma propre volontĂ©, je me retrouvais plus seul que jamais. Plus personne pour m’emprisonner avec ses sentiments pour moi, avec son affection et son sexe. J’étais seul et dur. Seul et seul. » Cette incapacitĂ© Ă  aimer tient autant Ă  la matrice familiale qu’à la mort de Lahbib, le giton, ce grand frĂšre » qui sait trĂšs tĂŽt qu’il n’aura pas d’issue Ă  son sort de paria, condamnĂ© Ă  la misĂšre et Ă  l’opprobre qui frappe ceux qui aiment les hommes. Par l’audace d’une construction qui, en remontant le temps et en croisant les voix, interdit d’hĂ©roĂŻser ­Ahmed, que cette introspection terrible met simplement Ă  nu, ­Abdellah TaĂŻa dĂ©voile le malheur interminable » de celui qui a perdu sa terre et n’a plus de langue propre pour se retrouver. DissĂ©quant son cƓur dictateur » qui le condamne Ă  une ­ solitude dĂ©terminĂ©e », Ahmed, double d’Abdellah TaĂŻa, dit la condition d’un Marocain francophone exilĂ© de sa langue, de sa terre et de la norme sexuelle. Abdellah, en donnant la parole Ă  ­Ahmed, dit la mission de l’écrivain qui s’assume en paria, cousin revendiquĂ© d’un Jean Genet et d’un HervĂ© Guibert dont il envie la gloire douloureuse. poignant et implacable. Dans votre dernier roman, Celui qui est digne d’ĂȘtre aimĂ© », inspirĂ© de votre propre vie, le personnage principal rĂšgle ses comptes avec sa mĂšre, qu’il dĂ©crit comme un tyran. En voulez-vous Ă  votre propre mĂšre de ne pas vous avoir protĂ©gĂ© ? Que pouvait-elle faire ? Assumer devant tout le quartier ? Cela reviendrait Ă  se rendre infĂ©rieure dans le jeu social. Ma mĂšre ne pouvait pas devenir rĂ©volutionnaire. Elle l’était dĂ©jĂ  dans la mesure oĂč elle assurait tous les jours la survie de neuf enfants, avec le salaire de mon pĂšre qui ne dĂ©passait pas 1 000 dirhams par mois 90 euros. Pour moi, ça, c’est dĂ©jĂ  une bataille politique. Mes parents n’étaient ni ignorants ni homophobes, ils vivaient dans la rĂ©alitĂ© de la pauvretĂ©. Ils n’avaient d’autre choix que de rejeter le petit pĂ©dĂ© » que j’étais. J’ai le droit de leur en vouloir sur le plan intime, mais pas sur les plans politique et social. S’il fallait faire un procĂšs, ce serait celui des politiciens, ce sont eux qui ont laissĂ© les gens dans la souffrance. L’homophobie est-elle une question politique au Maroc ? Les homosexuels ne sont-ils pas lynchĂ©s par les citoyens eux-mĂȘmes ? C’est une homophobie du systĂšme politique. A partir du moment oĂč la loi marocaine dit qu’un citoyen homosexuel est un criminel, elle donne l’autorisation Ă  tous les autres citoyens de maltraiter les homosexuels. Les lynchages sont une continuitĂ© du silence du pouvoir. En Ă©vitant de condamner les agressions, les responsables politiques les encouragent de fait. La rĂ©action sociale est liĂ©e au pouvoir. Il faut d’abord changer la loi pour changer les mentalitĂ©s. MĂȘme dans un pays musulman ? Les gens s’appuient sur la religion pour lĂ©gitimer l’homophobie alors que ce mal est fonciĂšrement politique. D’ailleurs, les agressions homophobes avaient lieu bien avant l’arrivĂ©e des islamistes au pouvoir. Je suis musulman et la religion n’a rien Ă  faire dans ce combat. Pour moi, l’islam, mĂȘme s’il est manipulĂ© de nos jours Ă  des fins politiques, c’est avant tout un espace, une histoire, une civilisation, des philosophes, des poĂštes. Loin de la vision stĂ©rile que l’Occident peut en avoir aujourd’hui. Plus de dix ans aprĂšs la rĂ©vĂ©lation de votre homosexualitĂ© dans la presse marocaine, qui a provoquĂ© l’ire des milieux conservateurs, pensez-vous que les mƓurs se libĂšrent ? Une partie de la population pousse au changement. Mais dĂšs qu’on veut faire bouger les lignes, il y a des gens qui veulent nous ramener Ă  nos prĂ©tendues traditions. Comme si celles-ci ne pouvaient pas Ă©voluer ! On en revient Ă  la question de la loi tant que les changements de mentalitĂ© ne sont pas appuyĂ©s par des changements de loi, ils se dilueront et ceux qui les portent finiront par rejoindre le camp conservateur. MĂȘme la bourgeoisie marocaine, Ă©duquĂ©e et libre en apparence, finit toujours par se rĂ©tracter, pour protĂ©ger ses intĂ©rĂȘts Ă©conomiques. La mobilisation de la sociĂ©tĂ© civile sur les rĂ©seaux sociaux accompagne-t-elle ces changements ? Internet permet de pointer le manque de libertĂ©, mais je ne suis pas dupe de la nouvelle dictature du clic, du sensationnalisme. On est scandalisĂ© par la vidĂ©o d’un homosexuel marocain tabassĂ© et, la minute d’aprĂšs, on regarde quelle robe Rihanna a portĂ© la veille. Vous avez choisi d’écrire en français, que vous n’avez appris qu’à l’ñge de 18 ans. Pourquoi vous ĂȘtes-vous acharnĂ© Ă  maĂźtriser cette langue ? Par vengeance au dĂ©but. Parce qu’au Maroc, le français est la langue des riches qui Ă©crasent les pauvres et moi, j’étais pauvre. Je ne voulais pas laisser le mektoub destin » en arabe m’écraser. J’ai trĂšs vite compris que cette chose qu’on appelle le français allait me permettre de quitter l’irrĂ©vocable place assignĂ©e au pauvre. Pauvre et homosexuel, c’est la double peine ! Comme je ne pouvais pas mener le combat avec ma famille pour leur demander de m’aimer, je suis allĂ© sur un terrain beaucoup plus politique, plus ambitieux. MaĂźtriser le français, c’était prendre le pouvoir. Mais j’étais trop jeune, je ne me rendais pas compte des enjeux politiques liĂ©s Ă  cette langue. Lire aussi La terreur au cƓur d’une famille marocaine, par Abdellah TaĂŻa Quels sont ces enjeux ? Le français continue d’instaurer une forme d’apartheid social au Maroc. Il ouvre la porte Ă  une certaine classe sociale, Ă  certains postes et mĂȘme Ă  une lĂ©gitimitĂ© intellectuelle. Ceux qui ne le maĂźtrisent pas n’ont pas rĂ©ellement de valeur sur le marchĂ© du travail, ni dans les milieux intellectuels. C’est du racisme, il faut le dire. Dans tout cela, je vois une permanence du colonialisme français. Si le français est source de racisme, pourquoi n’écrivez-vous pas en arabe ? Je comprendrais qu’on m’en fasse le reproche. Mais je n’ai eu conscience de ces enjeux que plus tard. Aujourd’hui, je ne sais pas si je parviendrais Ă  Ă©crire en arabe. Cette langue me domine. Avec le français, que je ne maĂźtrise pas aussi bien, il y a une guerre, il y a le feu. C’est ce qui me pousse Ă  Ă©crire. Je crois que c’est mĂȘme cela qui donne une singularitĂ© Ă  mon style, dĂ©mystifiĂ©, oĂč le rythme vient beaucoup de la langue arabe. J’ai l’impression que le français peut s’arrĂȘter du jour au lendemain en moi. Cette annĂ©e, vous Ă©tiez invitĂ© au Salon du livre Ă  Paris, oĂč le Maroc Ă©tait Ă  l’honneur. Comment expliquer que le pouvoir marocain vous mette en avant malgrĂ© votre militantisme pour la cause homosexuelle ? Parce que je ne suis pas Brad Pitt ! Le jour oĂč je deviens le Brad Pitt de la littĂ©rature, que je me mettrai Ă  vendre des best-sellers, les autoritĂ©s marocaines seront obligĂ©es de changer d’attitude. Mais l’idĂ©e n’est pas de rentrer dans un combat avec le pouvoir. Je veux tenter de sensibiliser les Marocains, et venir en aide Ă  ces petits garçons victimes de violences sexuelles. Ghalia Kadiricontributrice Le Monde Afrique Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil Ă  la fois Ce message s’affichera sur l’autre appareil. DĂ©couvrir les offres multicomptes Parce qu’une autre personne ou vous est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil. Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil Ă  la fois ordinateur, tĂ©lĂ©phone ou tablette. Comment ne plus voir ce message ? En cliquant sur » et en vous assurant que vous ĂȘtes la seule personne Ă  consulter Le Monde avec ce compte. Que se passera-t-il si vous continuez Ă  lire ici ? Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connectĂ© avec ce compte. Y a-t-il d’autres limites ? Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant Ă  des moments diffĂ©rents. Vous ignorez qui est l’autre personne ? Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe. Cest fou, nouveau, original, menĂ© Ă  un train d'enfer et tellement drĂŽle ! Venez bricoler avec les Chevaliers ! Ça va vous rĂ©nover !!! rĂ©servation PMR : .33 manifestations culturelles autour de Niort Ă©vĂ©nements dans le dĂ©partement Deux-SĂšvres LES CHEVALIERS DU FIEL. Spectacle comique BREST 29200 Le 24/09/2022 Ă  20:30 Accueil ‱Ajouter une dĂ©finition ‱Dictionnaire ‱CODYCROSS ‱Contact ‱Anagramme État dans lequel on ne risque rien — Solutions pour Mots flĂ©chĂ©s et mots croisĂ©s Recherche - Solution Recherche - DĂ©finition © 2018-2019 Politique des cookies.
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Commentaires: tournĂ© Ă  Paris, Ă  Neuilly, Ă  la Rochelle et dans l’üle de RĂ©, ce tĂ©lĂ©film finalement assez grave s’intĂ©resse aux rapports des enfants avec le monde des adultes. La comĂ©dienne amĂ©ricaine Mimsy FARMER, plutĂŽt rare Ă  la tĂ©lĂ©vision française, est particuliĂšrement Ă©mouvante. Quant aux deux enfants, ils sont Ă©patants de naturel. Chers fans de CodyCross Mots CroisĂ©s bienvenue sur notre site Vous trouverez la rĂ©ponse Ă  la question A Paris construction liĂ©e Ă  des amants de cinĂ©ma . Cliquez sur le niveau requis dans la liste de cette page et nous n’ouvrirons ici que les rĂ©ponses correctes Ă  CodyCross Casino. TĂ©lĂ©chargez ce jeu sur votre smartphone et faites exploser votre cerveau. Cette page de rĂ©ponses vous aidera Ă  passer le niveau nĂ©cessaire rapidement Ă  tout moment. Ci-dessous vous trouvez la rĂ©ponse pour A Paris construction liĂ©e Ă  des amants de cinĂ©ma A Paris construction liĂ©e Ă  des amants de cinĂ©ma Solution PONTNEUF Les autres questions que vous pouvez trouver ici CodyCross Casino Groupe 262 Grille 4 Solution et RĂ©ponse. . 184 196 427 238 365 452 126 415

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